Réseau des bibliothèques de prison : le droit de lire

Association canadienne des bibliothèques (ACB), Réseau des bibliothèques de prison : approuvé en janvier 2016.

Pour les personnes détenues dans les établissements correctionnels canadiens, la lecture et l’accès à l’information établissent un rare lien avec le monde extérieur.

Il s’agit aussi d’un droit fondamental.

Le Réseau des bibliothèques de prison soutient que les Canadiennes et les Canadiens incarcérés ne renoncent pas aux droits et libertés qui leur sont garantis par la Charte canadienne des droits et libertés. En fait, certaines libertés, comme la liberté de conscience et de religion, la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression revêtent encore plus d’importance derrière les barreaux.

L’énoncé de position de la Fédération canadienne des associations de bibliothèques sur la liberté intellectuelle et les bibliothèques soutient que le droit d’accéder à l’information est essentiel à toute personne vivant au Canada qui cherche à accroître sa qualité de vie par l’alphabétisation, l’apprentissage continu, l’engagement social et l’enrichissement culturel. Les bibliothèques de prison jouent un rôle fondamental dans la protection des droits, non seulement en donnant accès aux personnes détenues à l’information au sujet de leurs droits en tant que détenus, mais aussi en leur fournissant les outils nécessaires à l’exercice de ces droits.

Nous demandons aux bibliothèques de prison de promouvoir activement l’alphabétisation en tant que continuum de l’apprentissage permettant aux personnes incarcérées d’acquérir des connaissances, de développer leur capacité, d’atteindre des objectifs et de participer pleinement à la société au sens large. Le fait de savoir lire et écrire devrait être élargi afin d’inclure des aptitudes pour accéder aux connaissances par la technologie.

Les bibliothèques de prison doivent disposer de l’espace nécessaire pour donner accès aux collections et aux programmes de bibliothèque qui satisfont aux besoins récréatifs, culturels, éducationnels des personnes détenues, ainsi qu’à leurs autres besoins en matière d’information. En tant que défenseur de la liberté intellectuelle et de l’accès à l’information, les bibliothèques de prison sont tenues de fournir aux personnes détenues le plus large éventail possible de documents, y compris des documents juridiques. Les collections et les programmes des bibliothèques de prison doivent aussi tenir compte de l’augmentation de la diversité culturelle et ethnique au sein de la population carcérale. Les professionnels de bibliothèques jouent un rôle central dans le mandat des bibliothèques de prison.

De plus, les prisons canadiennes doivent reconnaître leur rôle essentiel au sein d’un système social et politique de colonialisme continu. Les membres des peuples autochtones représentent un pourcentage bien plus élevé de la population carcérale que leur proportion de la population canadienne en général; et le nombre de personnes autochtones incarcérées continue à croître. Dans ce contexte, et à la demande de la population carcérale autochtone, les bibliothèques de prison ont la responsabilité de donner accès à des ressources sur l’histoire, les cultures et les langues autochtones, ainsi qu’à des livres écrits par des auteurs autochtones, et à des documents sur les conséquences du colonialisme et du processus de réconciliation qui s’y rapporte.

La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition dispose que toutes les prisons au Canada doivent fournir un éventail de programmes permettant avec succès la réhabilitation et la réinsertion des personnes détenues. Conformément à loi, la Directive 720 du commissaire de Service correctionnel du Canada prévoit que les prisons ont la responsabilité de donner accès à des services de bibliothèque aux personnes détenues. La Directive du commissaire prévoit aussi que les établissements fédéraux doivent offrir un accès à des services de bibliothèque qui sont semblables à ceux qui sont offerts dans la collectivité. Lorsqu’elles remplissent cet objectif, les bibliothèques de prison – et leurs contreparties dans la collectivité – peuvent contribuer à créer des collectivités plus saines et sécuritaires. Cela met en évidence une fonction importante des bibliothèques de prison, soit refléter le monde extérieur et d’aider à préparer les personnes détenues à leur libération.

Il existe des preuves concluantes établissant un lien direct entre l’accès à des programmes de réhabilitation et des taux de récidive inférieurs. La capacité des personnes détenues à tisser des liens positifs croît, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du milieu carcéral, lorsque leurs droits d’accès à l’information sont respectés. Cet aspect de la croissance personnelle prépare les personnes détenues à leur libération. À l’extérieur des prisons, les bibliothèques dans les collectivités peuvent jouer un rôle essentiel dans la réussite de la réintégration des anciens prisonniers.

Les bibliothèques de prison, par l’entremise des programmes et des occasions d’échange d’information qu’elles fournissent, contribuent à l’amélioration des établissements correctionnels. La grande majorité des personnes détenues dans les établissements correctionnels au Canada sera relâchée dans nos collectivités. Il est possible que par leurs idées, leurs aptitudes et leurs expériences de vie, ces personnes contribuent à la société. La prestation de services de bibliothèque efficaces aux personnes détenues ne permet pas seulement de protéger leurs droits fondamentaux; elle leur permet d’explorer leur plein potentiel.

Bien que le présent énoncé renvoie à la Directive 720 régissant les établissements fédéraux, le droit de lire des prisonniers s’applique aussi aux établissements administrés par les provinces.

Les idées exprimées dans le présent énoncé sont soutenues par plusieurs déclarations provinciales sur le droit de lire des personnes détenues. Celles déclarations comprennent notamment les Normes minimales des Nations Unies pour le traitement des prisonniers (1955), la Charter of the Reader (Charte du lecteur) (1994) et le Manifeste sur la bibliothèque publique de l’UNESCO et de la Fédération internationale des associations et institutions des bibliothécaires (IFLA) (1995).

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